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Fabrication urbaine !
par Markus Müller
Dans une économie de plus en plus numérique, le lieu de résidence ne joue plus un rôle aussi déterminant. À cela s'ajoute une pénurie croissante de main-d'œuvre qualifiée, incitant les entreprises à privilégier les zones où la disponibilité de personnel qualifié est la plus élevée. Ces zones resteront probablement les zones urbaines dans un avenir proche, même si cette tendance s'est ralentie pendant la pandémie de Covid-19.
Il y a plus de dix ans, nous avons mené une étude interne sur le développement d'une implantation régionale axée sur l'utilisateur. L'étude portait principalement sur les entreprises de haute technologie, dont les besoins devaient être pris en compte lors d'une relocalisation. Par « entreprises de haute technologie », nous n'entendions pas seulement les géants comme Google et Facebook, mais aussi des entreprises utilisant des méthodes de pointe, notamment dans le secteur manufacturier. Les grandes entreprises souhaitant s'implanter souhaitaient disposer d'une université à proximité, dont les thématiques étaient en lien avec leur activité. L'objectif était de favoriser les échanges en matière de recherche et d'enseignement et de pouvoir attirer les jeunes diplômés grâce à des offres attractives à proximité. Google en est un parfait exemple : en 2004, l'entreprise américaine a démarré à Zurich avec seulement deux employés. Aujourd'hui, elle emploie environ 5 000 personnes dans la ville. Ce succès s'explique non seulement par la beauté de Zurich, mais surtout par la présence de la prestigieuse École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich). L'étude a également révélé que les employés de ces entreprises recherchent un large éventail d'activités culturelles et de loisirs sur place, ce qui implique des trajets domicile-travail courts. Bien que le prix du foncier soit plus élevé en ville qu'à la campagne, de nombreuses entreprises privilégient les bâtiments « exceptionnels » pour leur siège social (voir exemple). Les villes offrent souvent des friches industrielles intéressantes, vestiges d'anciennes activités industrielles. Il ne faut pas sous-estimer cet atout en termes d'image et de stratégie de marque employeur.
Alors, pourquoi les zones urbaines devraient-elles envisager de créer davantage d'opportunités de production industrielle à l'avenir ? La réponse : les espaces sous-utilisés sont fonctionnellement combinés et ainsi valorisés. La municipalité contribue à réduire les temps de trajet domicile-travail, à désengorger les transports en commun parfois saturés et à diminuer le trafic pendulaire, ce qui renforce la durabilité du territoire. La création d'emplois au sein de la communauté stimule le pouvoir d'achat et les recettes fiscales des entreprises. La production industrielle urbaine est une mégatendance qui distingue « industrie urbaine », « production industrielle urbaine » (artisanat) et « agriculture urbaine » (élevage en milieu urbain). C'est un sujet d'avenir, essentiel pour toutes les villes et régions urbaines, et qui doit être pris en compte dans l'aménagement du territoire. Pourquoi ne pas imaginer un avenir où un territoire durable, offrant un équilibre harmonieux entre zones industrielles, de loisirs et résidentielles, pourrait ressembler ?




